Un prophète
sept 15, 2009 U2, groupes celebres
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Réalisation : Jacques AUDIARD
Tahar RAHIM, Niels ARESTRUP, Adel BENCHERIF …
On peut se demander si une mouche nous pique ou si c’est une crise aigüe de masochisme qui nous donne envie d’aller voir le dernier film de Jacques AUDIARD, dont le sujet est l’emprisonnement…Rien de tout ça, pour ma part, je n’ai pas attendu les retours élogieux du Festival de Cannes pour sentir des fourmis dans les jambes. Il suffit en effet de se référer à la filmographie sélective du réalisateur, scénariste qui réalise peu forcément car l’écriture lui prend beaucoup de temps (dans le cas présent, ça lui a demandé trois ans de retravailler, avec l’aide d’un confrère, le scénario original d’Abdel RAOUF DAFRI), mais réalise bien, preuve en est : REGARDE LES HOMMES TOMBER, UN HEROS TRES DISCRET, SUR MES LEVRES, DE BATTRE MON CŒUR S’EST ARRETE…C’est pas compliqué, à chaque film, c’est une pluie de nominations et des Césars à la pelle ! UN PROPHETE qui, pour commencer, est reparti de Cannes avec le Grand Prix du Jury, n’échappe donc pas à la règle…On ne met pas longtemps à comprendre pourquoi. Malik, à tout juste 19 ans, est envoyé à Centrale pour avoir tabassé de la flicaille. Un peu perdu, presque fragile pour ne pas dire vierge, il deviendra, suite à un examen d’embauche réussi, le larbin du Corse (Niels ARESTRUP) qui lui offrira sa protection en échange ! Dés les premières images d’une beauté formelle, on entre de plein pied au cœur de la prison. Dans cet univers confiné, étouffant, dangereux, si on veut faire son temps et espérer s’en sortir, pas le choix, il faut respecter le règlement interne en vigueur…Quand on t’en colle une, si tu ne tends pas l’autre joue, tu baisses les yeux et fais le dos rond en attendant le jour ou tu pourras rendre les coups…A ce jeu là, Malik est un très bon élève, alors il encaisse chaque claque tout en apprenant. Illettré au moment de son arrivée, il profitera de son temps libre pour prendre des cours de Français, qui lui permettront par la suite de parler le Corse…Petit à petit, le protégé devient un atout majeur pour son protecteur au point qu’on ne sait plus très bien qui a besoin de l’un, qui utilise l’autre ! Malik, n’appartient à aucun clan, au final, et ne tarde pas à maîtriser le grand écart entre les Corses, les barbus Musulmans et les autres ! Jacques AUDIARD filme de l’intérieur en démontrant ce qu’il fallait (bien que ce ne soit absolument pas son objectif) : non la prison ne rend pas meilleur, on y entre pour une broutille et sous prétexte d’une réinsertion, dont personne n’est totalement dupe, on ressort en véritable caïd (ça doit être ça l’explication de la métaphore de la biche) ! Dans UN PROPHETE, on voit clairement comment ça magouille entre détenus et matons, comment les réseaux fonctionnent entre l’intérieur et dehors. En l’occurrence, l’extérieur nous apparait bien moins rassurant que la tôle et Malik a de sérieuses raisons de transpirer à chacune de ses sorties..Qu’importe, il met tout à profit pour créer son propre business, grâce à l’aide d’un ex-détenu et aux prophéties (d’où le titre) d’un revenant qui le hante – l’intervention récurrente du fantôme étant, par ailleurs, l’occasion de prendre une bouffée d’air frais bienvenue, sans cela, on pourrait croire qu’il s’agit d’un documentaire ! Le réalisateur utilise le procédé des arrêts sur image ainsi que, le sujet s’y prête, celui du regard limité ne voyant qu’à travers un œilleton (il l’avait déjà fait dans SUR MES LEVRES, lorsque Vincent CASSEL a les yeux totalement boursouflés après s’être fait démonté la tête). Alors qu’il nous donne à voir un univers souillé duquel la violence transpire comme dans la scène de meurtre initiatique, chacun de ses plans est sublime, surtout lorsqu’il s’arrête sur le beau visage aux yeux sombres et pénétrants de son personnage principal. Tahar RAHIM, un total inconnu jusqu’alors, ne devrait pas le rester longtemps après ça, il est d’ors et déjà un sérieux candidat aux prochains Césars. Le film, qui finit sur une jolie note d’espoir, est une vraie leçon de cinéma (Jacques, fils de Michel…ne se contente pas de suivre les pas de son père, il grimpe en gamme à chaque fois), mais pas seulement, c’est une sacrée claque qui fait du bien ! Gageons donc que le prix obtenu à Cannes n’est que le premier d’une liste promettant d’être longue, quand a l’acteur intense, blindé de charisme, qui débute à poil (au sens propre) et explose littéralement dans ce rôle puissant, le voila habillé de compliments et de récompenses pour un long hiver, s’il sait calmer le jeu (il semble avoir la maturité pour le faire) à l’instar de Malik à la dernière image…et si Dieu le veut, son avenir est tout tracé ! C’est tout le mal qu’on lui souhaite, alors bonne route mon frère !

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