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Sting et Bono : les rock stars devraient-elles se tenir à l’écart de la politique ?

par Neil McCormick


Bono et Didier Drogba lors du lancement de la campagne en partenariat de Product (RED) et Nike : « Lace Up. Save Lives. » à Londres le 29 novembre 2009. (Photo : Dave Hogan/Getty Images Europe)

Sting est passé sur le grill la semaine dernière dans Newsnight. Il est apparu par liaison satellite pour débattre de sa dernière campagne pour protéger la tribu Kayapo de la forêt amazonienne et il s’est fait copieusement « arrangé ». Le présentateur, célèbre pour son mépris, a trainé le chanteur hors de sa zone de confort, mettant à mal sa réelle compréhension des problèmes, son engagement à cette cause et plus généralement traitant sa position avec mépris. “On ne vous blâme pas pour cela (la crise environnementale internationale), on vous accuse simplement d’hypocrisie, c’est tout”, de déclarer Paxman, avec son illustre sagesse railleuse.

A l’évidence, Sting se tortillait dans son fauteuil alors qu’il tentait de se défendre, pas très bien ça pour une rock star. Pas même sa revendication pour avoir démarqué une zone de la taille de la Belgique pour “améliorer” son empreinte carbone “reconnue large” a suffi pour satisfaire Paxman. “La difficulté est, bien entendu, que tant que vous restez ouvert à l’accusation d’hypocrite, cela nuit potentiellement aux causes auxquelles vous êtes associé”, de railler le présentateur. (Entretemps, je me demande toujours où Sting conserve cette empreinte carbone de la taille de la Belgique ? Peut-être en Belgique !? Se pourrait-il qu’il ait secrètement acheté ce pays pour le convertir en forêt durable ?)

Imaginez un peu si toutes les interviews des célébrités ressemblaient à celle-ci. Interrompez-les au beau milieu d’une phrase et forcez-les à justifier leur propre existence. “Je suis désolé, Sir Elton, vous n’avez pas répondu à la question. Comment votre déclaration, et je cite, ‘Saturday night’s alright for fighting’, peut être considérée autrement qu’une incitation explicite à la violence ? Ce n’est pas le genre de sentiments que nous pourrions nous attendre à entendre de la part d’une personne à la tête d’une fondation contre le sida, n’est-ce pas ? Autonommé ou non.”

L’inconfort de Sting face à l’approche provocatrice de Paxman suggère qu’il n’est pas fait pour les réalités de la ligne de front politique. Ou au moins, pas préparé. Lorsque les politiques apparaissent devant les media, ils ont des équipes de personnes qui s’assurent que les faits sont à jour, les conseillant sur la façon de présenter le sujet, et un entraînement « media » pour rester imperturbables face à des questions inconfortables. Sting ne semblait même pas avoir apporté son styliste. La plupart des interviews des célébrités sont creuses, des affaires obséquieuses (lorsque les journalistes du divertissement s’apprêtent planter le couteau, ils attendent, généralement, que leur sujet leur tourne le dos). Mais lorsque les célébrités vont user de leur renommée pour défendre des causes politiques, alors elles devraient vraiment être prêtes à défendre leur position dans l’arène plutôt brutale du débat politique.

Cet autre défenseur rock ‘n roll descendu en flèche, Bono, y a droit à chaque fois. Cette semaine, lors du lancement d’une autre de ses actions caritatives (la campagne Nike, Lace Up, Save Lives, en partenariat avec Product (RED)), il a mis un terme aux accusations d’hypocrisie, essentiellement en les reconnaissant. “Je suis béni et sur récompensé pour ce que je fais et j’essaie de donner de mon temps et de mes ressources mais vous savez, je suis une riche rock star, alors abattez-moi.” Possiblement, une dangereuse invitation, mais au moins a-t-il été clair et l’a-t-il déclaré avec un humour de vainqueur.

Entre les lignes du harcèlement de Paxman à l’encontre de Sting repose la question implicite : ‘Les rock stars (et autres célébrités et les individus non élus qui ont un public, des vedettes de cinéma à notre cher Prince de Galles) devraient-elles rester à l’écart de la politique ?’ Personnellement, je ne vois pas pourquoi. Ce sont des êtes humains interagissant avec le monde, et si elles s’engagent dans une cause, alors elles ont le droit de mettre leur temps et énergie (et souvent leur art) au service de leurs croyances. La plupart du temps ce qu’elles font est une extension de leur rôle de saltimbanques : frapper sur un tambour pour une cause. Comme Sting l’a souligné : “mon inquiétude était que la voix des Indiens n’était pas entendue dans ce problème, on les écoute rarement. Je me suis rendu à Sao Paolo la semaine passée et ai convoqué une conférence de presse. Et le BBC est venue et ils ne seraient jamais venus sans l’appât de la “célébrité” ou du “sentiment”, c’est simplement là le monde dans lequel nous vivons.” Sting définit son boulot comme : “essayer et donner une plateforme aux gens qui n’ont pas de voix.” Certainement que la détresse d’une tribu amazonienne dont l’existence est menacée par la construction d’un barrage de plusieurs milliards de dollars par le gouvernement brésilien n’aurait pas eu droit à un passage dans Newsnight sans l’engagement d’une rock star. Ce qui assurément fait de Paxman un complice dans le domaine même des célébrités politiques qu’il assaisonnait autant.

Il se peut que cela n’ait pas été le concert le plus facile qu’il ait jamais donné, ni le public le plus réceptif, mais au bout du compte Sting a fait le boulot qui devait être fait.

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