Momo (la suite)
sept 4, 2009 buzz
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Momo est sorti de l’hôpital au bout de huit mois environ. Sa jambe était niquée, il avait perdu près de cinq centimètres et il boitait terriblement… il a été d’un courage exemplaire. Je ne l’ai jamais vu se plaindre ni se servir de sa jambe blessée pour quelque prétexte que ce soit. Un putain de lascar le petit Momo… en plus Alain s’est pas très bien conduit… Alors que l’autre s’était mangé un bastos pour le défendre, il a prétexté sa crainte de la police pour ne pas aller voir son pote à l’hôpital… ou si peu que ça compte pas ! Il a du lui rendre visite à tout casser quatre fois en huit mois… et encore, je suis même pas sûr… Ca c’est bien un des trucs qui m’ont dégoûté chez les voyous, ce sont bien souvent des hommes de tchache, mais pas des hommes de parole… Quand tout va bien, ils sont pleins de principes, pleins de belle paroles et de nobles sentiments… et puis dès que les choses se compliquent, dès que ça devient un peu dangereux ou un peu contraignant, y’a plus personne… Les voyous se sont des individualistes forcenés, leur vie implique de penser d’abord à leur gueule quitte à trahir ou abandonner leurs amis d’hier… J’en ai tellement vu des histoires merdeuses comme ça, que le jour où j’ai décidé de quitter le milieu j’avais toutes les raisons, toutes les déceptions, toutes les désillusions pour le faire sans regrets. Je l’ai déjà dit, mais il faut arrêter de se goberger avec la fameuse « loi du milieu », c’est de l’amuse couillon ! Les seules lois intangibles que j’y ai observées sont celles de la crainte et de l’intérêt. En dehors de la trouille et du pognon, rien ne force les voyous à se tenir bien… Il doit bien sûr exister quelques amitiés très fortes, quelques engagements à vie entre certains voyous, mais moi je n’en ai pas connus. Des paroles, des serments, des principes, des engagements sur tout ce que tu veux, la vie, l’honneur ou le cul de ta soeur, ça j’en ai entendu à longueur de soirées arrosées et de compétitions de roulades entre soit-disant « hommes » mais j’ai toujours vu ça partir en couille un jour ou l’autre… J’ai pas beaucoup de respect pour les truands, faut jamais perdre de vue que 90 % d’entre eux le sont devenus, par paresse ou par connerie. La voyouterie c’est comme l’armée, tu fais souvent ça quand tu peux rien faire d’autre !
Je m’étais éloigné d’Alain, à cause de son manque de soutien auprès de Momo et je m’étais rapproché de ce dernier. Je me souviens d’en avoir parlé avec lui une fois de cette attitude d’Alain, il m’avait répondu avec beaucoup d’intelligence que ce n’était pas grave, qu’il ne le considérait plus comme un ami mais ne lui en voulait pas. Il prenait tout sur lui, affirmait que s’il avait réagi comme ça, face à Saïd et son calibre, c’était avant tout la conséquence de son caractère « à la con » et pas de son amitié pour Alain et que comme il estimait avoir fait ce qu’un homme devait faire, il n’attendait aucune gratitude, ni aucun remerciement de qui que ce soit. Ce qui lui importait le plus, c’était de ne rien devoir à personne et que personne ne puisse parler mal sur lui avec raison. Le reste il s’en foutait et menait sa vie comme il l’entendait. Un seigneur ce Momo ! Et lui, je ne l’ai jamais vu avec une bagouse, une chaîne en joncaille ou une montre de luxe, ce qu’il gagnait, c’était pour sa famille et pour investir au bled. Un autre exemple de sa mentalité : il était croyant, sans être excessivement religieux, mais là encore quand il faisait les choses, il les faisait à fond. Pendant le ramadan, il se purifiait complètement. Son corps et son esprit. Il n’essayait pas de trouver des stratégies pour faire les choses à moitié, de moyenner avec son Dieu, de s’arranger… Il jeûnait bien sûr, mais il arrêtait aussi toute activité malhonnête et se consacrait à la prière. J’en ai tellement connu des dealers ou des voyous qui se foutaient de la gueule de tout le monde, et d’abord de leur Dieu, en tenant des raisonnements à la con du style « pendant les heures de jeûne je ne vends pas de came et je reste chez moi, mais dès le soleil couché je reprends le bise et je me soûle la gueule ! ». Putain que ça m’a gonflé ces tours de passe-passe ! J’ai infiniment plus de respect pour l’attitude de Momo qui disait « je ne suis qu’un homme misérable et ne peux vivre comme un saint… par contre un mois par an je me consacre à Allah et à la prière et je ne fais que ça. » . Ca c’est une attitude que je comprends et que je respecte infiniment.
Une des dernières fois que j’ai vu Momo, c’était longtemps après sa sortie de l’hôpital. Il devait me livrer une grosse quantité de drogue et je l’attendais chez moi à quinze heures. Ne le voyant pas arriver à l’heure dite, et étant habitué à sa ponctualité, je m’inquiète un peu et me mets à ma fenêtre pour surveiller la rue (on n’avait pas encore les portables à l’époque), et je le vois à 100 mètres qui court de toute la force de sa jambe raide pour arriver chez moi… Et s’il court comme ça, ce n’est pas parce qu’il me craint, il n’y avait aucun rapport de force entre nous, et de toute façon je crois que la crainte il ne connaissait pas… non simplement il avait donné une heure et s’en voulait d’avoir dix minutes de retard. Alors malgré sa jambe raccourcie il courait… juste pour tenir sa parole… Un mec ce Momo je te dis… un vrai bonhomme !
Elle est pas belle la vie ?

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