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En essayant de tout faire, U2 joue la sécurité au Soldier Field

U2 échoue à confirmer l’esprit créatif de son dernier album


The Edge, le guitariste de U2 au Soldier Field, samedi 12 septembre 2009 à Chicago.

par Jim DeRogatis

En tournée pour promouvoir ses deux premiers albums de ce nouveau millénaire, les pas très aventureux U2-par-les-chiffres, All That You Can’t Leave Behind (2000) et How to Dismantle an Atomic Bomb (2004), Bono et ses gars étaient en danger de se retrouver les Rolling Stones de leur génération — un artiste par cœur à l’occasion soulevant une salle plus dédié à la vente de billets qu’à innover en matière de musique.

Sorti en février dernier, No Line on the Horizon, douzième album studio du groupe dublinois, a déboulé comme une surprise bienvenue. Bien que ne réussissant pas toujours, au moins les musiciens ont-ils saisi la chance à nouveau, déviant du pompeux U2 habituel pour livrer leur disque le plus créatif depuis Achtung Baby (1991). Malheureusement, ce nouvel album représente également la plus lente vente de leur carrière, avec des ventes américaines n’ayant pas encore atteint le statut de platine (un million vendu) — un fait que l’on peut attribuer au constat que plus personne n’achète de CDs, ou que les fans ont été rebutés par l’expérimentation de la formation rock irlandaise.

Dix huit ans plus tôt, Achtung Baby inspirait la tournée Zoo TV, un assaut multimédia sensoriel qui demeure l’excursion la plus inventive en salle qu’il m’ait été donné de voir. La question qui plane au dessus du Soldier Field pour le lancement de la partie nord américaine de la tournée à 360° de U2 – deux concerts à Chicago – était de savoir si le groupe confirmerait l’esprit créatif de son dernier album, égalant ou surpassant le Zoo TV, ou la jouerait sans risque dans une tentative de reconnexion à des fans conservateurs et plaire à son nouveau partenaire, le géant national promoteur de concerts, Live Nation.

La réponse, comme c’est souvent le cas avec ce groupe, a été de tout essayer et de faire plaisir à tout le monde. Bien qu’il ait évité les nouveaux morceaux les plus ambiants et atmosphériques, œuvres de Brian Eno et Daniel Lanois, le groupe a joué un bon nombre de morceaux lourds de No Line on the Horizon, dont le très fort morceau d’ouverture du spectacle « Breathe », l’hypnotisant « Unknown Caller » et l’ascendant « Magnificent »… qui l’était vraiment.

Mais à la place du désorientant buzz du Zoo TV, U2 nous a donné à voir le spectacle vide d’une scène de plusieurs millions de dollars que les fans appellent « la griffe », une ridicule méga structure crachant des fumées en forme de crabe qui parvient primairement à rétrécir les musiciens sur scène, rappelant la toute aussi idiote tournée Glass Spider (araignée de verre) de David Bowie et faisant paraître la récente scène des Stones modeste en comparaison. (U2 doit vraiment parler avec les Flaming Lips, qui ont construit une scène en forme de vaisseau extra terrestre beaucoup plus impressionnante à partir de fournitures trouvées chez Home Depot pour un coût de quelques milliers de dollars.)

Zoo TV n’était pas une expérience supérieure seulement en raison de sa technologie. Le début des années 1990 représente la seule période de la carrière de trois décades et plus de U2 où le groupe a oser se tourner en dérision, Bono troquant son complexe de messie contre l’ironie de son alter ego Macphisto et le groupe suggérant que peut-être son désir de sauver le monde était un petit peu pompeux et auto agrandissant.

Hélas, les croisés étaient de retour samedi, liant « Sunday Bloody Sunday » aux manifestants iraniens en faveur de la démocratie, transformant « Walk On » en acte de solidarité avec Aung San Suu Kyi, la politicienne birmane assignée à résidence surveillée (NDLT : tout de même là c’est justifié, ce titre a été composé spécialement pour elle, il ne faudrait peut-être pas l’oublier) sans oublier l’archevêque Desmond Tutu sur écran géant demandant à mettre un terme à la pauvreté et à guérir les malades du sida.

Hum, Bono, mon pote, nombreux sont les militants à citer la société de mondialisation comme premier coupable responsable de certaines des maladies précitées. Serais-tu soucieux de nous expliquer comment cela s’accorde avec ton groupe et toi approuvant sans réserve la méga fusion ultra controversée de Live Nation avec Ticketmaster ? Tout bien considéré, peut-être qu’il y avait de l’ironie samedi.

Entre la prime de nouveaux airs, le groupe s’est baladé sur des morceaux surs de plaire au public — « Beautiful Day, » « Pride (In the Name of Love), » « Where the Streets Have No Name » — bien que certains d’entre eux aient été tronqués ou interprétés sous la forme de medleys avec des extraits maladroits de reprises (« Blackbird, » « Stand By Me, » « Oliver’s Army »), donnant des résultats insatisfaisants et instables.

Comme toujours, l’adroite section rythmique faite du batteur Larry Mullen Jr. et du bassiste Adam Clayton a fait de son mieux pour maintenir le groove, et the Edge était un simple homme orchestre trompeur. Entretemps, Bono posait, se lissait les plumes, braillant, fouettant chaque millimètre de son charisme. Mais en tant que personne ayant vu le groupe sur presque toutes ses tournées depuis sa toute première venue aux Etats Unis, je n’ai jamais trouvé ce que je cherchais — le mélange parfait de passion authentique et de management artistique de rock en stade.

Peut-être que ce groupe n’en est tout simplement plus capable — ce qui signifie, qu’après tout, il est peut-être devenu les Rolling Stones.

Copyright 2009 U2 France / http://www.u2france.com/actu

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